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Affaires étrangères: Okitundu « félicité » par… les fonctionnaires

Au cours d’une cérémonie organisée lundi 4 décembre au ministère des Etrangères (Minaffet), les agents et cadres de ce département ont « remercié » le ministre Léonard She Okitundu. Au motif qu’il a « débloqué » la situation financière du personnel et procédé à des promotions en grade. Sous d’autres cieux, ces faits n’auraient rien d’exceptionnels. Ils rentrent dans le cadre normal des réformes qu’on est censé attendre d’un ministre. Celui-ci est avant tout un « serviteur ».

Le chef de la diplomatie congolaise, Léonard She Okitundu, aime les « congratulations ». Mi-octobre dernier, il a été « célébré » par un groupe de fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères. C’était au lendemain de l’admission controversée du Congo-Kinshasa au Conseil des droits de l’Homme de l’Onu. Cette entrée a été accueillie par le « clan kabiliste » comme une « victoire personnelle du président Joseph Kabila », dixit Okitundu.

Lundi 4 décembre, le « Minaffet » était « en fête ». Et pour cause, les agents et cadres tenaient à « remercier »« son excellence » – comme on dit là-bas – pour avoir mis un terme à la grève qui était observée dans ce ministère régalien jusqu’à son entrée en fonction en décembre 2016.

Les fonctionnaires réclamaient non seulement le paiement de la prime dite « permanente » promise par le gouvernement mais aussi des « avancements en grade ».

GRATITUDE

Parlant au nom du personnel, le nouveau directeur-chef de services généraux, Louis Kinyamba Kitambe « a exprimé sa gratitude » à ce membre du gouvernement – qui dirige pour la seconde fois ce département – en rappelant que les derniers avancements en grade remontent à l’année 2003. A l’époque, dira-t-il, le ministre titulaire n’était autre que Léonard She Okitundu.

Pour l’orateur les agents et cadres ont dû attendre « quinze années après pour voir le même ministre rentrer à ce département pour promouvoir les agents et cadres en grades ».

Emporté par l’enthousiasme, le directeur Kinyamba a exprimé l’espoir de voir le ministre Okitundu « matérialiser son souhait » d’affecter en poste les anciens directeurs chefs de services qui n’ont pas obtenu d’affectation dans « la nouvelle mise en place ».

On retiendra de la réponse de « She » essentiellement la mise en place par ses soins d’une commission chargée de se pencher sur les revendications ayant servi de détonateur à la grève. « Les revendications d’ordre financier ont été résolues, la mise en place est déjà faite et il ne reste maintenant que l’intégration en postes diplomatique », s’est-il félicité.

A en croire Okitundu, le « mouvement diplomatique » devrait commencer après la résolution de la situation financière dans les représentations diplomatiques du Congo-Kinshasa. Le pays en compte plus de 70 ambassades et consulats généraux. « L’envoi en poste se fera selon le mérite de chacun », a-t-il souligné sans toutefois préciser le mécanisme censé reconnaitre ce « mérite ».

Tout en saluant la fin de la grève, des observateurs clament quasiment en chœur que l’actuel chef de la diplomatie congolaise est en passe de mettre la charrue devant les bœufs. « On attend de tout ministre des réformes destinées à apporter des améliorations dans le fonctionnement de son secteur d’activité, commente un fonctionnaire. En mettant en avant la mise en place, les avancements en grade et les envois en poste diplomatique, le chef de la diplomatie congolaise n’a guère innover. Il opte pour la facilité voire la démagogie ».

DES « MESURES COSMETIQUES »

Selon un fonctionnaire joint lundi soir à Kinshasa, Okitundu devrait « faire preuve de courage politique » en commençant par « assainir » l’Administration centrale et les missions diplomatiques. En faisant quoi? « Comment peut-il privilégier les avancements en grade et faire miroiter aux agents le départ en poste diplomatique à l’étranger au moment où la diplomatie congolaise est gravement malade? ». Quels seraient les préalables? « Il devrait commencer par définir la politique étrangère du pays. Il devrait ensuite réduire le nombre de postes soit par suppression ou regroupement géographique en tenant compte des intérêts effectifs à promouvoir. Il devrait enfin dégraisser les effectifs tant à la Centrale qu’à l’extérieur. Agir autrement, relève de l’opportunisme ».

Depuis la « libération » intervenue le 17 mai 1997, les ministres successifs des Affaires étrangères semblent réduire la diplomatie en trois activités: les voyages à l’étranger; l’envoi des amis et parents en poste diplomatique et la gestion des ressources en devise forte. Pire, la rotation qui n’existait plus sous Mobutu Sese Seko a complètement disparu du déroulement de la carrière diplomatique.

Les « libérateurs » ont passé par « pertes et profits » près de 500 « anciens diplomates » étiquetés, à tort, « mobutistes ». Ceux-ci attendent toujours leur rapatriement « dans la dignité » et non de manière cavalière moyennant une poignée de milliers d’euros. Des « nouveaux diplomates » fin terme nommés par les « libérateurs », attendent eux aussi un hypothétique rapatriement. « La diplomatie congolaise est malade de l’impécuniosité, assure un vieux diplomate. Depuis trois décennies, la voix de notre pays n’est plus audible à l’étranger. Les diplomates de la RDC ne font plus que de la contemplation faute de ressources financières, techniques et humaines. Les mesures annoncées par le ministre Okitundu risque d’être purement cosmétiques pour flatter une clientèle politique ».